Pourquoi l’anxiété persiste malgré tous vos efforts pour la faire disparaître ?

- « Je veux me débarrasser de mon anxiété. »
- « Je voudrais apprendre à contrôler mes émotions. »
- « Je ne veux plus ressentir ça. »
Ce sont des phrases que j’entends très souvent lors des premières séances. Comment calmer l’anxiété? Cette demande est tout à fait compréhensible. Après tout, qu’y a-t-il de plus désagréable que de se sentir envahi.e par des pensées anxieuses, d’avoir la gorge serrée, le cœur qui s’emballe ou l’impression de perdre le contrôle ?
Lorsque l’anxiété devient envahissante, notre premier réflexe est généralement de vouloir la faire disparaître. Nous cherchons des solutions, des techniques, des explications. Nous essayons de nous raisonner, de penser à autre chose, de nous distraire, parfois même de nous forcer à ne plus ressentir.
Pourtant, malgré tous leurs efforts, beaucoup de personnes ont le sentiment de tourner en rond. Plus elles cherchent à lutter contre leur anxiété, plus celle-ci semble revenir.
Et si le problème n’était pas tant l’anxiété elle-même que la relation que nous entretenons avec elle ?
Pourquoi vouloir se débarrasser de l’anxiété est une réaction normale ?
Personne n’a envie de souffrir. Personne ne se réveille le matin en se disant :
« J’espère être anxieux aujourd’hui. »
Lorsque l’anxiété se manifeste, elle est souvent accompagnée de sensations physiques désagréables : palpitations, boule dans la gorge, oppression dans la poitrine, tensions musculaires, vertiges, troubles digestifs…
Il est donc parfaitement logique de vouloir mettre fin à cet inconfort.
Nous vivons également dans une société qui valorise beaucoup le contrôle. Il faudrait gérer ses émotions, être performant, positif, productif, ne pas se laisser déborder. Les émotions désagréables sont souvent perçues comme des problèmes à résoudre ou comme des signes de faiblesse.
Petit à petit, nous pouvons finir par croire qu’il n’est pas normal d’être anxieux, triste ou en colère.
Pourtant, ressentir des émotions désagréables fait partie du fonctionnement normal d’un être humain.
L’anxiété n’est pas une preuve que quelque chose ne va pas chez vous. C’est avant tout une émotion qui cherche à vous protéger.
Le piège de la lutte contre l’anxiété
Le paradoxe, c’est que plus nous essayons de faire disparaître une émotion, plus nous avons tendance à lui donner de l’importance.
Imaginez que je vous demande de ne surtout pas penser à un éléphant rose.
Que se passe-t-il ? Il est probable qu’une image d’éléphant rose apparaisse immédiatement dans votre esprit. C’est un peu la même chose avec l’anxiété.
Lorsque nous nous répétons :
- « Il faut que ça s’arrête. »
- « Je ne devrais pas ressentir ça. »
- « Il faut absolument que je me calme. »
Nous envoyons en quelque sorte le message que ce qui se passe est dangereux. Notre cerveau interprète alors cette lutte comme la preuve qu’il y a effectivement une menace. Et il continue d’activer l’alarme.
Plus nous luttons, plus nous renforçons involontairement le problème.
La métaphore de la lettre d’Harry Potter

Vous souvenez-vous de la scène dans Harry Potter où sa famille refuse de lui remettre sa lettre d’admission à Poudlard ?
Au début, une lettre arrive. Puis une deuxième. Puis plusieurs.
Et plus les Dursley tentent d’empêcher Harry de recevoir son courrier, plus les lettres envahissent la maison.
Les émotions fonctionnent souvent de la même manière.
Lorsqu’une émotion apparaît, elle essaie de nous transmettre une information.
Si nous refusons de la regarder, si nous faisons tout pour l’étouffer ou l’ignorer, elle revient. Encore. Et encore. Jusqu’à ce que nous acceptions d’ouvrir l’enveloppe.
Cela ne signifie pas qu’il faut aimer être anxieux ou se résigner à souffrir.
Cela signifie simplement qu’il est parfois plus utile d’écouter le message que de passer toute notre énergie à essayer de faire taire le messager.
Les émotions désagréables ne sont pas des émotions négatives
Nous avons tendance à classer les émotions en deux catégories :
- Les bonnes émotions.
- Les mauvaises émotions.
La joie et la sérénité seraient souhaitables, tandis que la peur, la tristesse ou la colère devraient disparaître.
Pourtant, toutes les émotions ont une fonction.
La peur nous protège du danger.
La colère nous informe qu’une limite a été franchie.
La tristesse nous aide à traverser une perte.
L’anxiété attire notre attention sur quelque chose qui mérite d’être pris en compte.
Une émotion désagréable n’est donc pas une émotion négative.
Elle est avant tout un signal.
Comme le voyant rouge d’une voiture, son rôle n’est pas de nous punir mais de nous avertir que quelque chose a besoin d’être regardé.
Anxiété persistante: pourquoi l’anxiété ne disparait pas ?
Très souvent, ce n’est pas la présence de l’anxiété qui entretient le problème.
- C’est la peur d’être anxieux.
- La peur de perdre le contrôle.
- La peur de ne pas supporter.
- La peur que cela ne s’arrête jamais.
- La peur d’avoir peur.
Petit à petit, nous pouvons devenir plus préoccupés par nos sensations que par la situation elle-même.
- Nous observons notre corps en permanence.
- Nous analysons nos pensées.
- Nous anticipons les prochaines crises.
- Nous évitons certaines situations.
Et cette vigilance constante maintient le système d’alarme activé.
L’anxiété se nourrit alors d’elle-même.
Paradoxalement, ce qui nous fait le plus souffrir n’est parfois pas ce que nous ressentons, mais la peur que nous éprouvons à l’idée de ressentir.
Comment calmer l’anxiété en cessant de lutter contre elle ?
À ce stade, beaucoup de personnes froncent les sourcils.
« Vous êtes en train de me dire que pour aller mieux, il faudrait laisser l’anxiété être là ? »
Cela peut paraître totalement contre-intuitif.
Pourtant, c’est souvent la lutte contre l’anxiété qui lui donne autant de place. Plus nous essayons de la contrôler, plus nous lui envoyons le message qu’elle est dangereuse.
À l’inverse, lorsque nous acceptons de faire de la place à ce que nous ressentons, sans chercher immédiatement à le faire disparaître, quelque chose change.
L’anxiété n’a plus besoin de crier aussi fort.
Bien sûr, accueillir une émotion ne signifie pas l’apprécier ni se résigner à souffrir. Il s’agit simplement de reconnaître sa présence, comme on ouvrirait la porte à un visiteur inattendu.
Cette attitude demande souvent de l’entraînement, mais elle permet peu à peu de sortir du cercle vicieux de la peur de ressentir.
Revenir aux sensations du corps
Lorsque l’anxiété apparaît, nous avons tendance à partir dans notre tête.
- Nous analysons
- Nous anticipons
- Nous cherchons à comprendre
Nous nous demandons :
« Pourquoi est-ce que je ressens ça ? »
« Et si ça empirait ? »
« Combien de temps cela va-t-il durer ? »
Pourtant, l’anxiété se manifeste d’abord dans le corps.
- Le cœur bat plus vite
- La respiration devient plus courte
- La poitrine se serre
- Une boule apparaît dans la gorge ou dans le ventre.
Plutôt que de chercher immédiatement une explication, il peut être utile de revenir à ces sensations sans les juger, sans les modifier.
Simplement les observer.
- Où est-ce que je ressens cela ?
- Est-ce chaud ou froid ?
- Est-ce diffus ou localisé ?
- Est-ce que cela bouge ?
Cet exercice permet progressivement de passer d’une posture de lutte à une posture d’observation.
Et bien souvent, lorsque l’on cesse de résister, les sensations commencent naturellement à évoluer.
Se rappeler que l’on est en sécurité
Lorsque l’anxiété se déclenche, le cerveau agit comme s’il y avait un danger immédiat.
Pourtant, dans la plupart des situations, il ne s’agit pas d’un danger réel mais d’une alarme devenue un peu trop sensible.
Il peut alors être aidant de se répéter doucement :
« Je suis en sécurité. »
« Je peux ressentir cela. »
« Même si c’est désagréable, ce n’est pas dangereux. »
« Cette sensation va finir par passer. »
Ces phrases ne servent pas à faire disparaître l’anxiété mais à rappeler au système nerveux qu’il n’y a pas de menace immédiate.
Petit à petit, le corps peut alors retrouver son équilibre.
Les émotions ont un message à nous transmettre

Nous avons souvent appris à considérer les émotions comme des problèmes.
Pourtant, elles sont surtout des messagères.
L’anxiété n’apparaît généralement pas par hasard.
Elle vient parfois signaler qu’un besoin important n’est pas satisfait.
- Un besoin de sécurité
- Un besoin de repos
- Un besoin de contrôle
- Un besoin de reconnaissance
- Un besoin de soutien
- Un besoin de cohérence avec ses valeurs
Dans une société qui nous pousse souvent à continuer malgré la fatigue, à être performant et à ne pas montrer nos fragilités, nous pouvons finir par nous éloigner de nous-mêmes.
L’anxiété devient alors une façon pour notre organisme de dire :
« Quelque chose mérite ton attention. »
Quel besoin se cache derrière votre anxiété ?
Chaque personne est différente.
Pour certains, l’anxiété apparaît lorsqu’ils se sentent en insécurité.
Pour d’autres, elle surgit lorsqu’ils ont le sentiment de perdre le contrôle.
Chez certaines personnes, elle traduit un besoin de ralentir ou de prendre soin d’elles.
Parfois, elle révèle une difficulté à poser des limites ou une tendance à faire passer les besoins des autres avant les siens.
L’objectif n’est donc pas seulement de faire disparaître les symptômes.
Il est aussi de comprendre ce qu’ils viennent raconter.
Car écouter une émotion ne signifie pas lui obéir aveuglément.
Cela signifie lui accorder suffisamment d’attention pour comprendre ce qu’elle cherche à nous dire.
La peur de ressentir entretient souvent l’anxiété
Beaucoup de personnes ne craignent pas tant l’anxiété elle-même que ce qu’elles imaginent qu’elle pourrait provoquer.
- Elles ont peur de perdre le contrôle
- Peur de ne pas supporter
- Peur de devenir folles
- Peur de faire un malaise
- Peur de rester bloquées dans cet état
Pourtant, une émotion, aussi intense soit-elle, finit toujours par redescendre.
Comme une vague, elle monte, atteint un sommet puis diminue progressivement.
Le problème n’est donc pas tant ce que nous ressentons.
Le problème est souvent la peur que nous éprouvons à l’idée de ressentir.
Et plus nous apprenons à tolérer nos émotions, moins celles-ci deviennent effrayantes.
Quand consulter un psychologue pour l’anxiété ?
Il est tout à fait normal de ressentir de l’anxiété dans certaines périodes de vie.
Cependant, lorsque celle-ci devient envahissante, qu’elle entraîne des évitements, des ruminations incessantes, des crises d’angoisse ou qu’elle altère la qualité de vie, il peut être précieux de se faire accompagner.
Un travail thérapeutique permet notamment :
- de comprendre les mécanismes qui entretiennent l’anxiété
- d’apprendre à accueillir les émotions plutôt qu’à les combattre
- d’identifier les besoins qui se cachent derrière les symptômes
- de développer davantage de sécurité intérieure
- de retrouver plus de liberté au quotidien
Demander de l’aide n’est pas un aveu de faiblesse. C’est souvent une façon de cesser de mener seul un combat épuisant.
En conclusion : et si vous n’aviez pas à vous débarrasser de votre anxiété ?
Nous passons parfois des années à vouloir ne plus ressentir. À lutter. À nous juger. À essayer de contrôler ce qui nous traverse.
Et si le chemin consistait moins à faire disparaître nos émotions qu’à apprendre à vivre avec elles différemment ?
L’anxiété n’est pas votre ennemie.
Elle n’est pas la preuve que quelque chose ne va pas chez vous.
Elle est souvent le signe qu’une partie de vous cherche à être entendue.
Et lorsqu’on cesse de se battre contre ce que l’on ressent, il devient possible de découvrir que les émotions, même les plus inconfortables, sont bien moins dangereuses qu’on ne l’imaginait.
Si l’anxiété prend aujourd’hui beaucoup de place dans votre vie, sachez qu’il est possible d’apprendre à l’apprivoiser. Un accompagnement psychologique peut vous aider à mieux comprendre ce qui se joue et à retrouver davantage de sérénité au quotidien.
FAQ: Lutter contre l’anxiété la renforce
Pourquoi ai-je peur de mes émotions ?
Beaucoup de personnes craignent d’être submergées par leurs émotions ou de perdre le contrôle. Pourtant, une émotion, même intense, finit toujours par diminuer. Ce qui entretient souvent la souffrance, ce n’est pas l’émotion elle-même, mais la peur de la ressentir.
L’anxiété est-elle une émotion négative ?
Non. L’anxiété est une émotion désagréable, mais elle n’est pas négative. Comme toutes les émotions, elle a une fonction. Elle cherche généralement à attirer notre attention sur un besoin ou une situation qui mérite d’être pris en compte.
Que veut dire mon anxiété ?
L’anxiété peut être le signe qu’un besoin important n’est pas satisfait : besoin de sécurité, de repos, de contrôle, de soutien ou encore de cohérence avec ses valeurs. Comprendre ce que l’anxiété cherche à exprimer peut aider à mieux la réguler.
Comment accueillir ses émotions sans se laisser submerger ?
Accueillir ses émotions ne signifie pas s’y résigner ou les apprécier. Il s’agit simplement de reconnaître leur présence, d’observer les sensations dans le corps et de leur laisser de l’espace sans chercher immédiatement à les faire disparaître.
Pourquoi ai-je des crises d’angoisse ?
Les crises d’angoisse correspondent à une activation intense du système d’alarme du corps. Elles peuvent être impressionnantes, mais elles ne sont pas dangereuses. Comprendre leur fonctionnement et apprendre à ne plus les craindre permet souvent d’en diminuer la fréquence et l’intensité.
Est-il normal d’être anxieux ?
Oui. L’anxiété est une émotion normale qui nous aide à faire face à certaines situations. Elle devient problématique lorsqu’elle est trop fréquente, trop intense ou qu’elle impacte la qualité de vie.
Quand consulter un psychologue pour l’anxiété ?
Il peut être utile de consulter lorsque l’anxiété devient envahissante, entraîne des évitements, des ruminations ou des crises d’angoisse, ou lorsqu’elle altère le bien-être au quotidien. Un accompagnement psychologique permet de mieux comprendre ce qui entretient l’anxiété et d’apprendre à vivre plus sereinement avec ses émotions.
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