Je n’aime pas Noël : Kit de survie pour les fêtes

Si Noël est pour beaucoup une période d’effervescence et de réjouissances à l’idée de grandes festivités, de chansons enjouées, de retrouvailles et de veillées chaleureuses au coin du feu, pour certain.es, c’est le signe d’un calvaire qui s’annonce, et qu’il va falloir endurer sans trop passer pour le.la rabat-joie de service.
Si vous appartenez à cette deuxième catégorie de gens, je vous livre quelques astuces pour passer le mois de décembre de façon un peu moins crispée.
1. Quand Jingle Bells 🔔 nous tape sur les nerfs

Au mois de décembre, on sent bouillonner une frénésie qui a parfois même commencé dès le mois de novembre, et qui ne va aller qu’en s’amplifiant jusqu’au premier janvier.
Tout est là pour nous rappeler que Noël, et son gros bonhomme rouge et barbu sont sur le point de débarquer. Guirlandes à tous les coins de rues, chansons kitsch, téléfilms ou films de Noël sur les plateformes, sapins et lutins en tout genre, quand ce ne sont pas les pulls moches qui fleurissent dans les vitrines.
La magie de Noël s’empare des coeurs et des esprits et on a l’impression que l’humanité toute entière a mangé un peu trop de sucre car les gens sont aussi excités que des enfants bourrés de bonbons.
Pourtant, cette euphorie n’est pas universelle, et il est parfois difficile de ne pas sombrer dans la déprime, voire la dépression à ce moment de l’année.
1.1 Ce qui se joue à Noël
Dans l’imaginaire collectif, Noël est la fête des enfants par excellence, celle qui nous replonge dans nos plus jeunes années, quand tout était encore à vivre, le temps de l’innocence et de l’insouciance (pas forcément pour tous les enfants cependant!), et surtout l’attente frénétique de l’arrivée de cette figure emblématique qui nous amenait nos cadeaux: le Père-Noël.

Il y a quelque chose de l’ordre de la magie dans cette histoire racontée aux enfants de ce vieil homme sans âge qui, chaque année, réussit l’exploit de s’arrêter en une seule nuit, dans chaque maison sur la terre entière, pour leur apporter des cadeaux qui récompensent leur bonne conduite de l’année.
Tout un mythe est construit autour de ça. Les familles se retrouvent pour la veillée, partagent de bons moments en écoutant de vieilles chansons au coin de la cheminée et en buvant du chocolat chaud. C’est aussi une période que l’on associe au pardon et à l’amour inconditionnel.
1.2 Pourquoi certain.es souffrent
1.2.1 La désillusion
Oui mais voilà, une fois que l’on a grandi, on découvre qu’en réalité cette belle histoire reposait sur un mensonge, que le fameux Père-Noël n’existe pas, que les cadeaux coûtent cher et ne tombent pas directement dans les cheminées, et que les sourires autour de la grande table sont en réalité un peu factices. On nous aurait donc menti?
Noël est donc pour certains le symbole d’une vie beaucoup moins jolie que celle des histoires pour enfants, mais aussi le témoin d’un paradis perdu, et chaque année, ce sentiment de mascarade se trouve ravivé.
1.2.2 La solitude

Beaucoup de personnes se retrouvent seules à Noël, période de l’année où à l’inverse, nombreux sont ceux qui partent rejoindre leur famille. Cette tradition restant assez familiale, on ne pense pas toujours, ou l’on est gêné d’inviter quelqu’un qui se trouverait en dehors de ce cercle, et ferait office de pièce rapportée.
Que ce soit parce-qu’on est veuf.ve ou éloigné géographiquement de ses proches, que ses enfants passent leurs vacances avec le conjoint dont on est séparé, que l’on se trouve en situation précaire… il y a 1001 raisons pour lesquelles on peut se retrouver isolé.e à cette période de l’année et cela peut-être très difficile à vivre car on peut se sentir abandonné.e et avoir l’impression d’être à contre-courant de la liesse générale.
1.2.3 La perte d’un être cher
Quand on a perdu un proche, que ce soit dans l’année qui vient de s’écouler ou que le deuil soit moins récent, c’est dans des moments comme celui-ci, synonyme à la base de joie, que la douleur de la perte se ravive. La chaise vide prend encore plus de place, et on se demande quel est l’intérêt de se réjouir alors que l’autre n’est plus là pour partager ce moment.
1.2.4 Les mauvaises relations avec la famille
Noël étant traditionnellement la période de l’année où l’on retrouve sa famille, effectuant parfois de nombreux kilomètres pour retrouver les siens, lorsque les relations sont distendues voire inexistantes, on peut souffrir de ne pas coller à l’image de la famille parfaite. Mais cette image d’Épinal existe-elle vraiment? Toute les familles ont leur lot de tensions, que celles-ci aient éclaté au grand jour ou pas.

1.2.5 Obligations familiales
Certains voient à l’inverse comme une corvée de devoir retrouver des personnes, qui, bien qu’étant de la même famille, n’ont pas grand chose en commun avec elles. Ces obligations familiales que beaucoup se créent car « il faut passer Noël en famille » alors que personne n’a vraiment envie de se voir, sous-tendent des conflits à venir et que l’on craint de voir exploser à n’importe quel moment du repas. Les fameuses discussions à éviter sur des sujets épineux comme la politique, l’argent ou la réussite couvent sous le tapis, jusqu’à ce que quelqu’un lance le pavé dans la mare que tout le monde redoutait.
L’expansion du nombre de familles recomposées, rendent parfois les réunions difficiles car il n’est pas aisé de trouver un lieu ou une date qui permettent à tous de se retrouver. Il faut donc faire des choix, des compromis, et ainsi risquer d’en fâcher certains.

C’est là que les rancoeurs, les sentiments d’injustice accumulés au fil des ans, mijotent en même temps que la dinde, et chacun ronge son frein en espérant que la journée passe le plus vite possible. Pourtant, à la fin, tout le monde se donnera rdv l’année suivante. Etranges coutumes… mais la famille, la tribu, est ce qui nous donne un sentiment d’appartenance, on fait partie d’un tout, on n’est pas seul.e. Et souvent, la peur de la solitude et du rejet, nous poussent à accepter des relations qui ne nous nourrissent pas ou plus.
Les personnes qui détestent Noël ont parfois du mal à concevoir ces obligations que l’on se met, de continuer à voir des gens avec qui l’on n’a plus rien en commun à part une enfance lointaine et pas mal de ressentiments.
1.2.6 Les obligations matérielles
Comme Noël rime avec cadeaux, cette tradition amène elle aussi son lot de tensions. Dans des temps difficiles où il n’est pas toujours aisé de boucler les fins de mois, le choix des cadeaux de Noël devient vite un sujet épineux.
A qui en faire et ne pas en faire? Décide-t-on de ne gâter que les enfants? Oui mais si on reçoit un cadeau alors qu’on n’en a pas fait en retour? Quel argent y mettre? Au moins autant que le prix de celui que l’on reçoit. Mais qui va ou non se vexer? Sera-t-on à côté de la plaque et pourquoi se serrer la ceinture pour des gens que l’on ne reverra pas de l’année?… Toutes ces questions peuvent être source de stress et de conflits, ce qui peut aussi entacher l’esprit de Noël.

1.2.7 Période de bilan/ comparaison
La fin de l’année est aussi le temps des bilans. On fait le point sur nos réussites et nos échecs de l’année écoulée, mais aussi de notre vie en général. Et parfois, le constat n’est pas brillant, en tout cas à nos yeux. On se compare, d’autant plus quand on retrouve des proches que l’on n’a pas vus depuis longtemps et qui nous interrogent sur nos avancées, les résultats scolaires de nos enfants… Là aussi, les rancoeurs et les jalousies peuvent resurgir des placards comme des diablotins, ainsi que des émotions comme la honte ou le rejet.
Si l’on a une mauvaise estime de soi, ou une confiance en soi assez basse, ce peut-être difficile à gérer.
De plus, la nostalgie d’une enfance où l’on adorait la magie de Noël peut dénoter avec ce que l’on ressent aujourd’hui. La déception est d’autant plus grande quand le décalage est important entre les deux.
Dans les films, Noël est un tableau enchanté dans lequel on voudrait vivre, alors on ne comprend pas pourquoi la réalité, notre réalité, car on a toujours l’impression que chez les autres c’est idyllique, ne correspond pas à cette image de conte de fées. Et cerise sur la bûche, on se rajoute une couche de culpabilité, car on s’en veut d’être aussi morose, alors que le monde entier semble avoir avalé une licorne.
1.2.8 Période du trop
Enfin, Noël est la période du trop. On voit trop de monde, on mange trop, on boit trop, on dépense trop d’argent, il y trop de bruit, trop de lumières, trop de foule, on fait trop de route... Pour certaines personnes, je pense notamment aux hypersensibles mais pas que, cette surabondance et cette sursollicitation peut vite virer au cauchemar.
Les repas qui s’éternisent et l’estomac qui sature, les visites à toute vitesse à toute la famille, le temps qui passe à vive allure, on finit sur les rotules avant de recommencer une nouvelle année et revenir à son quotidien sans s’être réellement reposé ni en avoir profité. Un cocktail explosif qui ne fait pas de cette période une fête pour tout le monde.
2. Le Kit pour passer outre
Alors maintenant que l’on a dressé ce bilan à en faire rêver plus d’un, que faire pour vivre le mieux possible cette fin d’année?
2.1 La compassion pour soi
La première étape qui me semble essentielle, et que, si vous me lisez depuis un moment, vous commencez à connaître, c’est de montrer de la compassion et de la bienveillance pour vous-même.
OUI, vous avez le droit de ne pas aimer Noël, ce n’est pas une obligation. Vous n’êtes pas seul.e dans ce cas et dites-vous que beaucoup aussi font semblant.
Vous avez le droit de vous sentir mal à cette période, ça ne fait pas de vous quelqu’un de rabat-joie. Les circonstances de votre vie, ou votre passé peuvent en être à l’origine. Mieux les identifier peut vous aider mais ce n’est pas non plus indispensable. En effet, ce n’est pas parce-qu’on connaît l’origine d’un mal qu’il ne fait plus souffrir, contrairement à ce qu’avance certaines théories. Donc si vous savez, tant mieux, vous pouvez travailler dessus, mais dans le cas contraire, il y a d’autres axes à envisager.
2.2 Changer sa vision d’un Noël parfait

Comme nous l’avons vu, ce qui fait souvent souffrir, c’est l’idée que l’on se fait de ce que devrait être Noël: un tableau Pinterest où tout est parfait: déco, repas, famille, cadeaux!
Donc posez-vous quelques questions:
- Quelle est votre vision de Noël?
- Ça représente quoi?
- Comment ça doit se passer?
- Avec qui?
- Où? Comment?
- Est-ce au calme? Avec du monde autour? Des gens que vous aimez? Des amis? Votre famille? …
- Dressez le tableau de votre vision idéale de Noël. Pas celle qui est véhiculée par la société mais la vôtre. Comment vous aimeriez le vivre si c’est vous qui décidiez de tout?
L’idée est de dresser le tableau le plus exhaustif possible de votre Noël idéal, en gardant en tête que l’image parfaite décrite dans les films n’existe pas. Celle-là, c’est le mensonge que l’on vous a raconté quand vous étiez enfant (tout est beau, pas de conflits, tout le monde s’aime…)
- Enfin, demandez-vous si votre vision personnelle d’un Noël idéal colle avec celle que vous vivez habituellement.
- Quels changements feriez-vous si vous le pouviez?
- Partiriez-vous seul, dans un autre endroit, un autre pays, avec qui? Votre famille? Des amis? Et que feriez-vous?…
2.3 Se demander ce qu’on aimait enfant dans Noël
Se poser cette question n’a pas pour but de réveiller notre nostalgie, mais de pointer du doigt ce qui nous fait vibrer. Etait-ce le fait d’être entouré de gens aimés, de manger des bonnes choses, d’ouvrir des cadeaux surprises, de regarder des films en mangeant des gâteaux..? Et dans ces situations, quelles étaient les émotions ressenties ? Une fois que c’est fait, on peut alors essayer de mettre en place des stratégies pour retrouver ces émotions d’une autre façon.
Ex: Comment puis-je éprouver de l’amour, de la joie…? Qu’est-ce qui aujourd’hui me fait ressentir ces émotions? Par quel moyen? Quelle activité? En compagnie de qui? Ou bien juste par moi-même?
2.4. Parler de ses difficultés liées à cette période
On a aussi tendance à cacher notre mal-être à cette période de l’année, car socialement, il est mal vu de ne pas s’enthousiasmer à Noël.
Mais échanger avec ses proches, leur faire part de notre tristesse, notre sentiment de solitude, ou nos tracas financiers face aux dépenses liées à Noël, peut aider à diminuer les malentendus, mais aussi engager des discussions sur les ressentis de chacun. Vous serez surpris de découvrir qu’autour de vous, d’autres personnes partagent cette souffrance.
Aborder la question de l’argent peut déboucher sur un changement de fonctionnement: N’offrir que des cadeaux aux enfants, ou se limiter à un budget, ou confectionner soi-même les cadeaux…
Exprimer sa solitude, se tourner vers des associations si on est vraiment isolé ou des numéros d’aide en ligne peut être un moyen de briser cet isolement.
SOS Amitié : 09 72 39 40 50
Croix Rouge Ecoute : 0 800 858 858
Solitud’Ecoute (pour les personnes âgées de plus de 50 ans) : 0 800 47 47 88
Psycom.org (infos et écoute sur la santé mentale)
2.5 Se prioriser

Ce n’est pas toujours facile à mettre en place, mais il n’est jamais trop tard pour commencer:
- Réservez-vous des moments seul.e si l’agitation et l’effervescence est difficile à vivre pour vous. Partez faire une marche digestive pendant que les autres font un jeu de société, ou enfermez-vous dans une pièce calme pour quelques heures ou minutes si vous le pouvez.
- Choisissez si possible les personnes avec qui vous avez envie d’être. Pourquoi s’infliger la présence de Tata Jacqueline qui ne peut s’empêcher de relevés vos défauts à la moindre occasion? Et si vous ne pouvez pas l’éviter, veillez à être le moins possible à ses côtés. Choisissez-vous!
- Ne s’obliger à rien: On croit à tort que les fêtes et les réunions familiales sont une obligation alors qu’en réalité, c’est nous-même qui nous les imposons. Sans être définitif, on peut dire à ses proches que cette année, on a prévu autre chose (même si ce qu’on a prévu c’est de rester sur son canapé à regarder des séries en mangeant des chips!, vous n’êtes pas obligé de le dire!!! ). Vous verrez si ça vous a plu ou si vous changez vos plans l’année prochaine.
2.6 Trouver des compromis
- Si squeezer le Noël en famille vous semble trop radical pour un premier test, vous pouvez mettre en place quelques arrangements: dire que vous ne viendrez que pour le dessert par exemple ou que vous resterez deux jours au lieu d’une semaine.
- Acceptez de faire Noël en famille mais déclinez pour le réveillon du 31 par exemple.
2.7 Se faire un cadeau
Offrez-vous un cadeau, quelque chose qui vous fait vraiment plaisir. Même si ce n’est pas quelque chose que vous achetez.
Chouchoutez-vous: Faites des choses qui vous font du bien, même et surtout si cela ne coûte rien. Lire un livre que vous adorez, écouter les chanteurs ou groupes dont vous étiez fan, faites-vous un soin maison ou prenez un bain, profitez et apprenez à aimer ce temps passé avec vous-même.
2.8 S’inventer de nouvelles traditions

Autorisez-vous à passer un Noël insolite par rapport à vos habitudes: partez en voyage si vous pouvez, ou avec des amis plutôt que la famille, ou allez découvrir un coin de votre région que vous ne connaissez pas, faites une nouvelle activité, sortez de votre environnement actuel, bref inventez de nouveaux rituels.
2.9 Remettre de la joie dans cette période
L’essentiel est de remettre un peu de joie sur ce moment de l’année que vous redoutez. Là aussi, réfléchissez aux choses qui vous procurent du bien-être et de la joie, et mettez-les en pratique. Les activités qui vous mettent dans le flow (dessiner, tricoter, lire, cuisiner, faire du sport, des puzzles…) sont les plus indiquées. Ce sont les choses que vous faites et qui vous font oublier le temps qui s’écoule.
Enfin, je vous propose aussi de regarder le film La bûche qui date un peu mais que je trouve très amusant car il met en lumière de manière assez grinçante tous les comportements et les situations qui nous agacent à Noël avec la famille!
3. Demander de l’aide

Enfin, et comme toujours, si votre mal-être est trop important, et que vous sentez que vous ne vous en sortez pas, que c’est trop difficile, NE RESTEZ PAS SEUL.E Contactez les numéros d’urgence ou les centres d’aide psychologique.
Il y aura toujours quelqu’un pour vous écouter.
Le 3114 est accessible 24h/24 et 7j/7, gratuitement, dans la France entière. Les SAU et le Centre Psychiatrique d’Orientation et d’Accueil (CPOA) accueillent l’urgence psychiatrique et la consultation sans rendez-vous 24h/24, 7 jours/7.
Je vous souhaite de belles fêtes de fin d’années.
