Vous ne savez pas dire non? Vous êtes peut-être un people pleaser

Vous ne savez pas dire non ? Vous acceptez systématiquement de faire certaines choses pour faire plaisir aux autres alors même que vous n’en avez pas envie ? Vous appartenez sans doute à cette catégorie de personnes que l’on appelle les people pleaser. Essayons de décrypter ensemble ce qui pousse certain.es d’entre nous à s’oublier, ou parfois même à se sacrifier pour satisfaire les autres, et comment inverser la tendance.
1. Définition d’un people pleaser:
Votre tante Josiane vous demande de l’accompagner faire des courses alors que vous rentrez à peine du travail et que vous rêviez de vous jeter dans votre canapé pour enfin buller. Votre meilleur ami attend que vous l’aidiez à déménager pile le week-end où vous aviez prévu de partir vous reposer à la campagne. Vos collègues vous proposent d’aller manger des sushis ce midi alors que vous détestez le poisson cru…
Mais à toutes ces sollicitations vous répondez oui, car ce ne serait pas sympa de refuser, tant pis si vous êtes fatigué, on a besoin de vous, et les autres le prendraient mal si vous refusiez de toute façon, et puis finalement, ça vous fait plaisir de rendre service, ou les autres seront en difficulté si vous dites non.
Ça vous parle?

Vous laissez vos propres plans ou envies de côté, tout en râlant en votre for intérieur de ne pas être capable de refuser, mais dire oui est plus confortable que d’affirmer vos propres choix.
Outre atlantique ou de l’autre côté de la Manche, on nomme ces personnes les people pleaser ou en version française « ceux qui veulent faire plaisir ».
Sauf que de mon point de vue, il ne s’agit pas réellement de faire plaisir, mais plutôt de ne pas contrarier, voire de ne pas être à l’origine d’un mécontentement ou d’une éventuelle colère.
2. En quoi ça peut être problématique?
S’il est tout à fait louable de vouloir satisfaire son entourage, de rendre service, ou d’être conciliant, la limite est atteinte lorsque vous agissez ainsi uniquement parce-que vous avez peur des conséquences qu’un refus pourrait engendrer.
De plus, cela peut nuire à votre santé car vous ne vous écoutez plus, et vous ne vous accordez plus les moments de repos que votre corps et votre cerveau méritent.
Parfois même, vous n’êtes plus du tout aligné.e avec vos valeurs car pour faire plaisir, ou ne pas vous fâcher avec votre entourage, vous acceptez des situations que vous désapprouvez. Et part conséquent, votre colère et votre frustration augmentent car d’une part vous vous en voulez de ne pas savoir vous imposer, mais à la longue, vous rendez aussi l’autre responsable de votre mal-être, car vous avez l’impression qu’il vous impose ses choix.
Toutefois, c’est vous qui ne savez pas poser de limites. L’autre, souvent habitué à votre flexibilité, ne se rend même pas compte que vous faites certaines choses contre votre gré. Si certaines personnes abusent vraiment et connaissent votre point faible, beaucoup ne voient pas à mal et pensent que vous êtes simplement facile à vivre.
Une fois de plus, l’idée n’est pas de se blâmer mais de s’interroger.
Pourquoi agissez-vous ainsi?
3. Les raisons qui conduisent à ce comportement
3.1 Besoin d’acceptation :

On a parfois développé dans l’enfance un fort besoin d’être accepté et aimé par les autres. Soit parce-qu’on a manqué d’attention ou d’amour, soit parce-qu’on nous a appris que ces derniers étaient donnés à certaines conditions.
Ex: Si tu ne fais pas ça, Maman ne sera pas contente. Ou si tu as des bonnes notes, nous seront fiers de toi…
Notre société et l’éducation donnée aux enfants sont beaucoup axées dans ce sens. On nous note ou nous récompense dès notre plus jeune âge, et sans nous en rendre compte, on adopte un comportement visant à obtenir l’approbation de sa maîtresse, ses parents ou plus tard son supérieur hiérarchique, ses confrères ou consoeurs…
Notre estime de soi, selon ce modèle, dépendrait de la validation des autres.
Or, si l’être humain a besoin de ses pairs pour évoluer et fonctionner en société, sa valeur interne ne dépend pas de ce qu’en pensent les autres.
3.2 Peur du rejet :

Il se peut aussi que l’on craigne qu’en cas de refus, on soit rejeté. Ce point reprend un peu le précédent. La peur du regard de l’autre, et de son opinion sur nous, nous paralyse et peut nous pousser à nier nos limites par peur des représailles. Mais soyons clair, si votre meilleur ami ne vous adresse plus la parole car vous n’avez pas pu l’aider à déménager, changez-en!
3.3 Évitement des conflits :

Parfois, on préfère éviter les confrontations et les désaccords, ce qui nous pousse à céder aux demandes des autres, même si cela nous coûte ou ne nous arrange pas.
On a parfois assimilé dans notre enfance, ou même plus tard, si on a vécu dans un environnement violent avec des personnalités qui s’emportaient facilement, ou au contraire, s’il n’y avait jamais de disputes ou de conflits autour de nous, que les désaccords étaient le signe d’un problème qui mettait en danger la relation.
Or les conflits font partie des rapports humains. Il y a toujours un moment où l’on n’est pas d’accord avec l’autre, où les points de vue s’affrontent. Mais si vous êtes entourés de personnes qui vous aiment et vous respectent, ces divergences d’opinion peuvent se régler par la discussion et l’écoute. Cela ne veut pas dire que vous serez exclu de la relation. Peut-être que la personne boudera un moment mais ça finira par lui passer.
En revanche, si vous êtes en réel danger physique ou moral, mettez-vous à l’abri et prenez des mesures pour fuir cette relation.
3.4 Manque d‘estime de soi :
Si l’on a une faible estime de soi, on peut penser qu’il faut plaire aux autres pour valoir quelque chose. Or votre valeur interne, c’est à vous de vous la donner. On ne devient libre qu’à partir du moment où on se libère du fait que les gens nous aiment ou ne nous aiment pas. C’est quelque chose de parfois difficile à intégrer, mais une fois que l’on a compris ça, c’est là qu’on atteint la vraie liberté interne.
Ce n’est pas parce-qu’on ne va pas aider Tatie Josiane à faire ses courses ce soir, que l’on est une mauvaise personne ou que l’on ne vaut rien. Et si elle le pense, alors grand bien lui fasse! Ça ne doit pas remettre en question ce que vous, vous pensez de vous. Que ce soit en bien ou en mal, ce que pensent les autres de vous ne veut rien dire de vous. Cela dit uniquement sur eux-même: la façon dont ils se sentent, dont ils voient la vie… Mais rien du tout à votre sujet.
Ce n’est pas facile à entendre, mais les compliments, tous comme les critiques, ne vous sont pas adressés. On aimerait bien, car il est toujours agréable de s’entendre dire qu’on a assuré ou qu’on a fait un travail extraordinaire, mais même dans ces cas-là, la personne qui vous adresse ces louanges, ne parle pas de vous mais d’elle-même, de ce que votre travail ou vos exploits, votre personnalité, parlent à une partie d’elle-même.
Alors on se dit : « Mince, pourtant, ça me faisait du bien d’entendre ça »! Alors oui, prenez-le si ça vous procure du plaisir sur l’instant, mais tout en gardant à l’esprit que la bonne nouvelle, c’est que c’est valable aussi pour les critiques. Quand on désapprouve votre attitude, c’est qu’elle a réveillé chez l’autre quelque chose qui le dérange et qui n’a rien à voir avec vous.
Alors bien sûr, ça ne veut pas dire qu’il faut mal se comporter, mais nos choix, nos positionnements, nos actions, résonnent chez les autres en fonction de leur état émotionnel, leur vécu… Et ça les regarde.
3.5 Conditionnement social :
Dans certaines cultures ou familles, il est parfois valorisé de répondre aux besoins des autres avant les siens, ce qui renforce ce comportement du people pleasing. On encourage le don de soi, et il est vu comme une qualité de s’oublier au profit des autres. Cela peut être envers les anciens ou les plus démunis, mais de façon plus générale, envers quelqu’un d’autre que soi.
Se prioriser est vu comme un comportement égoïste, et on encourage à ne pas trop s’écouter, qui serait considéré comme une marque de faiblesse.
Il est reconnu aussi que les femmes, par conditionnement social, ou par les attentes que l’on a envers elles, ont plus tendance à se mettre en quatre pour les autres et à nier leurs propres besoins.
Dans certaines familles, c’est l’aîné ou au contraire le petit dernier, ou simplement un des membres désigné de façon tacite et plus ou moins choisie, à qui l’on confie le soin du dévouement. Il est parfois difficile de s’extraire de ces injonctions tant elles sont ancrées dans certains environnements et au fil du temps, considérées comme normales par l’entourage, qui a pris l’habitude de fonctionner ainsi et de se décharger sur le plus serviable de la famille.
3.7 Satisfaction à travers l’aide :

Certaines personnes trouvent aussi un sens et une satisfaction en aidant les autres, et sont dotées de ce penchant naturel de dévouement, qui peut parfois les conduire à l’épuisement, quand elles se trouvent dans un environnement qui abuse de ce trait personnel.
4. Comment changer si cela fait souffrir ?
Comprendre les motivations qui vous animent, peut vous aider à travailler sur vous et à établir des limites plus saines pour vous comme pour les autres.
4.1 Définir quelles sont les circonstances
La première étape pour être moins dans le people pleasing, si cela vous fait souffrir bien sûr, c’est de lister les situations dans lesquelles cela se manifeste.
Est-ce dans le cadre professionnel, familial, avec quelles personnes en particulier, à quelles occasions? Sur quel thème en particulier?
4.2 Comprendre ce qui sous tend ce comportement
Comme nous l’avons vu plus haut, est-ce par besoin d’acceptation, peur du rejet, du conflit, par manque d’estime de soi, par conditionnement social ou habitude familiale…?
De là on remonte le fil et on peut se poser quelques questions:
- Depuis quand? Ai-je toujours agi ainsi?
- Quelqu’un me l’a t-il demandé ou fait comprendre?
- Qu’est-ce qui m’effraie dans le fait d’être rejeté/ en conflit…?
- Est-ce que j’ai envie de changer ce comportement? Pourquoi?
- Qu’est-ce qui pourrait arriver si je n’agissais plus ainsi?
- Quel seraient les risques, les bénéfices?
- Est-ce que je pourrais trouver une autre façon d’agir qui me convienne mieux? Dire oui de temps en temps, sous certaines conditions…
- Qu’est ce qui m’empêche de changer aujourd’hui?
- Qui me le reprocherait et serait-ce un problème?
- Qu’est ce que je sacrifierais si je continuais à me comporter ainsi?
- Qu’est ce que je gagnerais à changer personnellement ?
- Qu’ y gagnerait mon entourage?
- …
Le but est de se poser tout un tas de question pour bien circonscrire le problème et envisager des solutions alternatives qui vous conviennent mieux.
4.3 Des solutions à tester
- Souvent, on est dans le tout blanc ou tout noir. L’idée n’est pas de passer de dire oui à tout, à tout refuser en bloc, mais de mieux être à l’écoute de ses émotions, ses besoins physiques ou de repos, et de développer suffisamment de confiance en soi pour s’affirmer face aux autres, sans avoir l’impression que notre relation va s’en trouver détruite.
- Comme toujours, procédez par petits pas. Et commencez avec des situations peu engageantes d’un point de vue émotionnel. Dire non à un collègue qui vous propose un déjeuner de sushis sera plus facile que refuser d’aller faire les courses de Tatie Josiane.
- Prenez conscience que les comportements que vous avez adoptés enfant avaient une utilité sur le moment, car vous étiez dépendants des adultes et soumis à leurs propres règles. Mais qu’aujourd’hui, ils ne sont plus adaptés car vous êtes vous-même un adulte capable de faire ses propres choix.
- Faites preuve de bienveillance envers vous-même. Ne vous culpabilisez pas si vous voyez que vous retombez dans votre ancienne tendance à dire oui alors que vous pensez non. Il y aura des retours en arrière, c’est normal. Un comportement ne se change pas du jour au lendemain.
- Demander un délai de réponse peut être une possibilité. Cela peut vous permettre de faire le point et d’être plus au clair avec vos besoins et vos envies. On croit souvent que l’on doit répondre aux sollicitations dans l’urgence, mais c’est faux. Ex: Je vais consulter mon planning et je te répondrai demain, dans quelques jours…
- En cas de non, proposer une alternative peut être un moyen de se préserver, sans être trop définitif vis à vis de l’autre, si cela vous aide.
ex: Je ne peux pas t’aider aujourd’hui mais la semaine prochaine j’aurai plus de temps. Ou je ne peux pas faire ce travail à ta place mais je peux te passer mes notes sur le sujet.
- Faites preuve de souplesse envers vous-même et entourez-vous de personnes qui vous soutiennent et vous encouragent. Vous pouvez parler de cette volonté d’affirmation et de changement de comportement à des personnes dignes de confiance et qui vous aideront.
- Faites-en un jeu et amusez-vous. Ex: aujourd’hui, je dis non à 2 personnes et je m’offre une récompense si j’y arrive.
5. Ce qu’il y a à gagner à changer ce comportement

De façon générale, en n’osant pas dire ce que l’on pense et en se rangeant à l’opinion des autres, ou en se pliant à leur bon vouloir, on n’est pas vraiment soi-même. Souvent, le besoin sous-jacent à ce comportement est le besoin d’être aimé. Mais en agissant ainsi, on n’est pas aimé pour qui l’on est vraiment mais pour une version de nous qui n’existe pas, ou seulement dans la tête des autres.
Donc les avantages à s’affirmer davantage seraient :
- Être plus authentique et donc avoir de meilleures relations avec votre entourage qui se retrouve en face du vrai vous
- Moins se faire marcher sur les pieds car contrairement à ce que l’on croit, dire oui à tout conduit à moins de respect
- Être plus aligné avec vos valeurs
- Augmenter votre estime de vous-même
- Augmenter votre confiance en vous: en voyant que votre avis compte autant que celui des autres
- Moins de frustration et de colère envers vos proches, donc encore une fois de meilleures relations
Alors lancez-vous et vous verrez que vous deviendrez de plus en plus confiant.e. Comme toujours, pour changer une habitude ou un comportement, c’est un peu difficile au début, mais les bénéfices arrivent vite et on prend plaisir à vivre une vie plus en accord avec soi-même. De plus, en changeant soi-même, les autres changent aussi ou prennent conscience de modes de fonctionnement qui n’ont jamais été remis en question.
Et pour ceux qui ne comprennent pas, c’est une bonne occasion de vous interroger sur l’utilité de les garder dans votre vie.
